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La Lettonie
 
-- 6 au 13 juin 2018  --
 
Plus de 300 milles pour rejoindre la capitale Lettone, l’équivalent du Golfe de Gascogne. Notre plus longue navigation en semi-côtier, avec du trafic, des côtes sous le vent et de nombreuses manœuvres. On a bien mérité de faire quelques jours de pause dans la plus grande ville au style art-nouveau d’Europe.

Un savant mélange de photos de mer, de petit village et de capitale dans notre page "Photos".


376 milles navigués
1083 milles navigués depuis le départ


Nos escales, cliquez sur les noms pour plus de détails :
Mersrags (marina) - Riga (marina) 
 
6 – 9 Juin 2018: Hel – Mersrags (334M)
Nous commençons à avoir des fourmis dans la quille. Le vent, fermement ancré au Nord-Est depuis trois semaines, semble enfin faire place à un peu de sud-ouest. La fenêtre n’est pas idéale : une grande zone de pétole à traverser pour aller chercher le Graal : du vent portant ! Puis du vent parfait pendant 24h, et ensuite 12h de vent fort prévu, avant d’avoir de nouveau du vent de face… mais bon, ça devrait passer, alors on y va ! 
Jour 1 (109 M). Comme prévu le vent est quasi inexistant, et on fait 8h30 de moteur pour commencer. De temps en temps on déroule un peu le génois quand un petit souffle permet de gonfler les voiles et appuyer le moteur. On s’entraîne à pêcher les déchets plastiques qui flottent à notre portée. L’épuisette est à poste sur le pont, et à défaut de poissons … (la mer Baltique n’est pas très propice à la pêche à la traîne, la plupart des espèces vivent plus en profondeur).

Le déchet suivant vers lequel on fonce est un peu gros pour notre épuisette, c’est un animal de ferme mort qui flotte… un cochon ou un mouton sans doute…  assez gros et un peu répugnant.

On croise de drôles d’OFNI par ici...


Et un sous-marin aussi
Le vent se lève enfin en soirée et nous continuons notre route plein nord le long des eaux russes – en prenant garde de rester du bon côté de la frontière ! Nous ne sommes pas seules : cargos, plateforme pétrolière, ferrys, et même un navire de guerre américain qui réprimande un pêcheur sur la VHF. 
Le vent monte même bien plus prévu, levant très vite une mer hachée et mal rangée, assez pénible. La nuit noire elle, n’est plus qu’un souvenir. Les belles étoiles se montrent deux heures à peine, avant que la clarté du jour ne revienne – ce qui est bien pratique pour manœuvrer !

Jour 2 (106 M). La nuit a été beaucoup plus ventée et agitée que nos prévisions météo prises à Hel au départ. Si le vent prévu déjà fort ce soir entre Gotland et la côte Lettone forcit dans la même proportion, cela risque de devenir quelque peu scabreux...

Nous avons encore du mal à appréhender la météo en mer Baltique. Alors que nous sommes en conditions anticycloniques, les isobares se resserrent fréquemment sans raison évidente, créant parfois de courtes périodes de vent violent. Les météos (suédoise, danoise et passageweather) sont en général fiables à 48h. Au-delà, c’est moins certains. Les Danois, précautionneux, n’offrent d’ailleurs de 48h de prévisions sur leur site.

On passe la frontière lettone
Hors de portée des côtes, nous tentons d’obtenir un bulletin météo mis à jour en appelant les cargos qui passent par VHF – mais sans succès. Dans le doute, on décide de temporiser notre remontée afin de passer bien derrière le vent fort que nous attendons.

S’ensuit une journée plus lente, mais très agréable, au portant sous le soleil. On réalise qu’on n’avait plus fait de tel long bord de portant depuis le retour des Açores, le vent nous ayant été assez contraire ces 5 dernières années en Europe… On retrouve un rythme de croisière plus calme, qui permet aussi de lire et se reposer. Laure entame d’ailleurs la saga « Guerre et Paix » en audiobook en préparation de notre destination russe.
Jour 3 (97 M). Finalement le vent fort était en avance sur nos prévisions et nous avons une nuit tranquille. Malheureusement la bascule de Nord-Est elle aussi est en avance, et nous re-voilà au près à tirer des bords au large du complexe industriel de Ventspils. La houle met quelques heures à suivre le changement de direction du vent et on profite des vagues portantes alors que nous sommes déjà au près :o)  La côte Lettonne que l’on découvre semble basse et sableuse, surmontée d’une dense forêt de pins.

Quelques changements génois / foc plus tard, nous entrons (face au courant comme toujours …) dans le détroit d’Irbe qui mène à la baie de Rīga.

De retour au près…
Nous avons bien navigué vers le Nord et sommes à présent par presque 58°N, le soleil n’en finit pas de se coucher… puis de se lever ! Toute la « nuit » le ciel sera orange, une lumière fantastique pour accompagner notre lente progression dans un vent mollissant inexorablement…

Le soleil se couche ... presque ... puis se relève
Jour 4 (22M). Nous sommes à présent dans l’immense baie de Rīga, toujours le long de la côte de forêt. A part les cargos et ferrys qui nous croisent nous n’avons pas vu une ville, un village ou un pêcheur depuis Ventspils la veille. Le vent finit sa lente agonie et nous laisse sur un véritable lac… d’autant plus que l’eau devient cette fois complètement douce ! Elle prend l’odeur et la couleur marron peu ragoutante des eaux intérieures Hollandaises. Et pourtant nous n’avons passé aucune écluse, Saltimbanque a poussé de son étrave des eaux continues depuis la mer des Caraïbes…
Au moteur depuis quelques heures, nous décidons de faire escale pour la nuit. Du vent est prévu demain. Le guide Imray indique un petit port offrant « toutes les commodités », Mersrags. Parfait, les 2 éoliennes sont en effet un indice d’une présence humaine dans cette forêt sans fin. 
Entrée de Mesrags, juste à droite des éoliennes

La marina de Mersrags, pontons visiteurs
Le chenal est bien balisé, nous atteignons sans encombre les digues. A droite une bouée rouillée, puis un mât de charge dans le même état au bout du mole tribord. A bâbord un petit bateau de pêche se demande s’il flotte encore. Sur les quais des immenses tas de sciure et des troncs d’arbre à perte de vue. Pas un bruit (à part Junior qui n’est pas très discret), une forte odeur de bois.

On atteint 3 pontons branlants ou quelques voiliers locaux sont déjà amarrés. 2 à 2,5m de fond, prise électrique à terre, eau à terre encore plus loin, wifi à la borne publique sur l’antenne de l’autre côté de la rivière. Ce petit paradis de bois branlant coûte tout de même la somme rondelette de 25€ la nuit ! (mais 100€ seulement pour un mois). Il faut nous habituer : les marinas en Lettonie et en Estonie sont hors de prix (jamais moins de 20€, même pour un mignon 28 pieds). Le reste de la vie par contre n’est pas cher du tout

Deux hommes travaillent sur leur bateau au sec et l’un d'eux dans un anglais plus que correct nous souhaite la bienvenue, nous indique la toilette et la douche et – à plusieurs reprises – la boutique en ville ouverte jusqu’à 22h. L’autre insiste et indique la ville, il connaît un mot d’anglais : « market, market ! ».

Ok allons en ville ! De toute façon l’accès à la plage est impossible, interdit d’entrer dans la zone portuaire. Un petit pont et sa magnifique rampe d’accès sponsorisée par l’Union Européenne nous amène à la route principale bordée de sable. Le restaurant est en ruine, les maisons sont en bois – toit de tôle, ou en parpaings apparents, à part quelques immeubles carrés en béton. Les jardins toutefois sont tous admirablement entretenus. A part ça il n’y a rien. On oublie nos ambitions de bière dans un pub local et finissons à la boutique – et unique attraction – de la ville pour quelques emplettes superflues.


La grande rue, avec herbe sèche et maisons en parpaings

La foule se presse à notre moustiquaire...
Retour au bateau. La capitaine de port nous offre une brochure vantant les attractions touristiques locales. Le port bien sûr, mais aussi l’ère de jeu pour enfants, et la magnifique ancre marine exposée sur un caillou (comme sur n’importe quel rond-point en Bretagne). Tous ces petits ports lettons avaient été développés un peu artificiellement par l’URSS mais depuis 1991 et l’autonomie retrouvée du pays, l’activité économique est proche de zéro, et la plaisance à la voile est vue comme une solution, ou du moins un espoir, de retrouver un peu de revenu pour ces communautés.

Il reste peu d’habitants à Mersrags, on a sans doute vu plus de moustiques que d’humains !

10 juin : Mersrags – Rīga (42 M)
Un peu de vent est prévu tôt le matin, réveil à 6h locale donc (5h en Europe de l’ouest), et en route pour Rīga. La mer est très plate dans la baie de Rīga et les 3-4 b qui soufflent au bon plein nous amènent vite à 6 nœuds sur la route directe, un vrai bonheur. Saltimbanque est tellement bien équilibré dans ces conditions qu’il avance sans même qu’on touche la barre…
Sans les mains !

En approche - lente - du chenal de Riga
Le vent tombe comme prévu vers 13h, mais nous avons bien avancé et il ne nous reste presque plus que la rivière de Rīga à remonter au moteur. Là encore nous naviguons pendant 8M à travers un immense port commercial, moderne et en activité cette fois avant d’arriver au cœur de la capitale.

Deux possibilités de marina : la marina Andrejosta sur la rive droite côté centre-ville, et une toute nouvelle marina (presque vide) sur la rive gauche que nous choisissons en raison de son coût légèrement inférieur. 3,5m de fond à l’entrée (ne pas raser le phare bâbord, les nénuphars vous donnent un indice :o), prix 0,75 € /pied (soit 21€ pour nous). Service minimum : toilettes et douches mixtes dans un bloc sur le ponton, peu entretenus. Personnel en général absent qui se partage entre les deux marinas. Eau et électricité mais ni wifi ni laverie.
Sitôt amarrées sitôt en vadrouille, à la découverte de la vieille ville de Rīga, ses anciennes demeures, ses petites places aux airs méridionaux sous le chaud soleil, et ses restaurants où nous célébrons notre traversée avec bières locales et plats bien costaux à base de viande, patates, choux et blé.
L'été Letton :o)

11 – 13 juin : visite de Rīga (à terre)
Un petit peu de maintenance s’impose après une longue navigation, mais Saltimbanque va très bien. Le GPS seulement nous étonne : il est remonté dans le temps depuis cette nuit et indique le 25 octobre 1998 ! Position et heure sont correctes, mais pas la date. Cela correspond sans doute à sa date de mise en circulation. Il avait la capacité de mémoire pour un nombre fini de semaines (on suppose 1024), et il en a fait le tour, recommençant maintenant à compter depuis le début. Pas grave, car tout le reste fonctionne. Ça nous rajeunit !

Un rapide ménage, un tour dans le mât pour vérifier, check basique du moteur qui se porte à merveille, un peu de silicone sur quelques micro fuites, réalisation de patins pour la drosse du régulateur d’allures, et nous voilà prêtes à repartir. Seule la peinture de pont qui a mal vécu les -18°C de l’hiver dernier s’écaille de partout et nous fait peine à voir… Cet hiver on repeint tout ça !!

Les cartes Estonniennes, mises à jour manuellement sur commande... Une rareté !

Nous sommes par contre toujours à la recherche des cartes estoniennes, à présent indispensables à la poursuite de notre route vers le Nord. Nous partons vers la marina Andrejosta dans l’espoir de trouver un accastilleur, mais peine perdue le quai est aussi désert que de notre côté de la rivière. La route devient piste de sable le long de rails désaffectés sous une chaleur lourde. Le loueur de kayaks sur le port nous souhaite bon courage : « une boutique pour voiliers – quelle drôle d’idée. Les voiliers c’est pas commun ici ».

Au final nous passerons par un ship-chandler pour navires commerciaux, Unimars, qui nous commande la carte en Estonie et la fait livrer par UPS. Nous irons la chercher en bus 2 jours après. Quelle aventure pour une carte ! Et quelle différence entre cette capitale avec deux voiliers locaux à peine, et la Pologne balnéaire !
Autre expédition, le supermarché pour remplir les cales. Plus de Pierogis, mais leurs petits frères les Pelmeni, sont aussi tentants. Egalement une foultitude de petits feuilletés, gâteaux, biscuits, de toute taille et toute forme, salés et sucrés, dont les Lettons semblent friands. Ils semblent également friands de shopping : il y a des boutiques absolument partout, une débauche de consommation un peu en décalage avec la navigation à voile. 
Une constante depuis la Pologne, les poissons fumés
Entre temps nous visitons Rīga. Fondée en 1201 elle devient vite elle aussi un membre de la fameuse ligue Hanséatique. Puis en 1710 le pays passe dans l’empire Russe. Cette époque voit la création de la vieille ville actuelle, miraculeusement épargnée par la seconde guerre mondiale et qui montre de nos jours de superbes bâtiments.

La vieille ville de Riga, place Liva Laukums
Au début du 20è siècle, Rīga est la 3e plus grosse ville de l’empire tsariste et la démolition de ses anciens remparts permet la construction de nouveaux bâtiments. Les architectes s’en donnent à cœur joie, faisant des rues de Rīga un véritable musée de l’Art Nouveau. 
Florilège d'Art-Nouveau à Riga

Dans un autre style tout aussi "nouveau"

Avec toucans antipathiques
A la fin de la première guerre mondiale, la Lettonie redevient indépendante. Mais le fameux pacte Germano – Soviétique la donne à l’URSS dès 1940. S’en suit une année de terrible répression de la population par le gouvernement communiste, comme nous l’apprenons en visitant le musée du KGB dans ses locaux originaux.

Les années d’après-guerre ne furent guère plus tranquilles. Une exposition de photographies sur « notre campagne » au musée d’art letton montre une petite fille en blouse à côté de sa grand-mère dans une pièce simple de terre battue, photo qui pourrait avoir été prise dans les années 50 dans une campagne française. En regardant la date, on réalise que la petite fille doit avoir deux ans de plus que nous, la photo a été prise en 1987. Et pourtant, Rīga aujourd’hui se pare de gratte-ciels de verre et acier… 

Nature et modernité...
Retour au port, un joli Allures 45 arrive, que nous avions déjà aperçu à Kolberg. C’est un sympathique couple d’anglais qui ont pris une retraite anticipée et vivent sur leur « L’escale ». Premier bateau de grand voyage croisé, et il est anglais ! Damned !

Nous réalisons que nous aspirons à un peu moins de culture urbaine et un peu plus de nature. Après tout on voyage à la voile ! Alors il est temps d’ouvrir nos magnifiques cartes récemment acquises et d’aller voir à quoi ressemblent ces petites îles estoniennes…


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Vos messages:

Mum - 23/06/2018 16:52:23
Produits alléchants, cuisine 3etoiles à bord de Saltimbanque miam...vous êtes splendides !!! bien loin des traits tirés dus au BCG

Marcello... - 23/06/2018 01:39:41
Coucou les Saltimbanques.... une question me tarabusque???? A Riga, les lettons ont-ils un coeur en or, un moral d'acier, une santé de fer dorment-ils d'un sommeil de plomb, est-ce que leur silence est d'or et leur parole d’argent, leur chevelure est-elle blond platine.... et bien sur, comme un certain Sylvain.... adepte du hard Rock?? heavy... METAL ??? Grosses bises à vous deux.; merci de vos récits, tant "marins " que térriens... et ... faut le FER!!!!

Saltimbanques - 21/06/2018 12:41:28
@Aumadatroi: une réponse en forme de teaser, ne rate pas notre prochain article! @La mamou : qui est plus long à écrire qu'à lire ;o)

AUMADATROI - 20/06/2018 13:10:49
Comme d'habitude un reportage juste et intelligent! Mais une question demeure....on ne vous voit pas nager dans ces eaux pourtant de belles couleurs! Ha les Antilles des bons souvenirs. Les photos sont juste superbes! Des bises aux Saltimbanques !!!

la mamou - 19/06/2018 17:27:01
encore un bel article , qui donne envie du suivant !!!

 
 
 
 
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